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dimanche 4 mars 2012

Les crucifères du Québec: radis sauvages, moutardes et cresson au menu!

Capsella bursa-pastoris
La famille des Brassicacées, que l'on appelle aussi Crucifères, est une famille de végétaux des plus utiles pour l'homme. Toutes les plantes de ces genre possèdent des fleurs à quatre pétales disposés en croix; d'où ce nom.  Elle regroupe, entre autres plantes cultivées, radis, chou, moutarde, cresson et brocoli. Mais plusieurs membres de la famille sont beaucoup moins connus d'un point de vue culinaire, bien que connus des jardiniers pour leur qualité (ou leur défaut) à se ressemer abondamment, ce qui fait que, bien souvent, elles sont considérées comme des mauvaises herbes...raison de plus pour les savourer sans culpabilité!
En effet, on trouvera fréquemment en terrains incultes la bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris), le tabouret des champs(Thlaspi arvense), la lépidie densiflore(Lepidium densiflorum), la barbarée vulgaire (Barbarea vulgaris), le radis (Raphanus raphinistrum) et les moutardes sauvages(Brassica hirta, B.kaber, B.nigra, B.juncea). Toutes très (trop) faciles à cultiver et bourrées de vitamines, il est important de les cueillir avant la floraison et de choisir les jeunes feuilles et pousses les plus tendres, pour éviter une  trop grande amertume.
Champ de moutarde en Californie
Il est à noter que le goût particulier et piquant que l'on rencontre chez les plantes de cette famille est dû à la rencontre d'une enzyme, la myrosine, et d'une glucoside, la sinigroside, libérées lors du broyage ou de la mastication. On dit qu'une moutarde préparée avec de l'eau froide apporte une note plus épicée que  l'eau chaude, qui adoucit la saveur.


Capsella bursa-pastoris
La bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris) acceptera volontiers que l'on cueille ses feuilles, riches en vitamines A, C et K, avant la floraison pour les déguster en salade ou comme légume bouilli, agrémentées d'un peu de beurre ou de sel, comme des épinards.
Cette plante au goût poivré, 
l'une des "mauvaises herbes" les plus répandues dans le monde, est d'une adaptabilité remarquable, élisant domicile dans tous climats et dans les sols et la lumière les plus variés. Dans une seule saison, un plant peut produire jusqu'à 50 000 graines! On peut faire une bonne récolte de ses fruits, les battre pour en extraire les graines puis les faire sécher et les utiliser comme assaisonnement dans les soupes, les plats mijotés et les salades, et laisser le reste aux oiseaux, qui apprécient beaucoup ces semences nutritives. Les tribus amérindiennes de l'ouest du continent les réduisaient en poudre pour en faire une farine, mais le procédé est long et fastidieux.
Elle est réputée pour arrêter les saignements, soigner les rhumatismes et la fièvre, et guérir le scorbut.

Thlaspi arvense
Le tabouret des champs (Thlaspi arvense) est aussi un végétal très robuste, qui a su s'adapter à des climats très variés; on le retrouve de la Floride jusqu'à l'Arctique, en passant, bien sûr, par le Québec, où il abonde dans les terrains vagues et les bords de routes. Plusieurs le reconnaîtront facilement à ses fruits ronds et aplatis, qui lui ont donné son nom.  Réunis en grappes et séchant rapidement, ils demeurent sur le plant, ce qui en fait une plante de choix pour l'ajouter aux bouquets de fleurs séchées.

Pour profiter des vitamines B2 et C, du soufre et des protéines qu'il contient, on cueille les jeunes feuilles et les pousses, puis on les consomme crues ou cuites, par exemple  en salade, bouillies, ou dans les soupes. Ses graines, très nombreuses, ont un léger goût d'ail et s'utilisent comme condiment, entières ou broyées.  On peut aussi les faire germer et les ajouter aux salades.
On attribue au tabouret des champs des vertus antibactériennes, anti-inflammatoires, fébrifuges,toniques et expectorantes.

Lepidium densiflorum
La lépidie densiflore (Lepidium densiflorum) n'est pas plus capricieuse que ses deux précédentes cousines en ce qui a trait aux conditions de culture, ne craignant que l'ombre totale et s'adaptant remarquablement partout ailleurs! Elle est caractérisée par ses épis très denses de minuscules fleurs blanches, d'où le nom latin de l'espèce, "densiflorum" signifiant littéralement "fleurs denses". Un fait intéressant à propos de cette plante réside dans le fait que, vu ses feuilles peu nombreuses et l'abondance de ses fruits, ce sont ces derniers qui effectuent presque la totalité de la photosynthèse nécéssaire à sa survie.

Lepidium densiflorum
Son aire de répartition couvre pratiquement toute l'Amérique du nord, de l'Alaska au Texas, en passant, bien sûr, par le Québec et les provinces de l'est. Elle a un goût particulièrement piquant (d'où son nom anglais "peppergrass") qui s'apprécie davantage cru que cuit.Ajouter les feuilles printanières et les jeunes fruits encore verts, riches en vitamines A et C, aux salades ou encore aux soupes, que l'on retirera aussitôt du feu. On peut aussi faire sécher ses fruits et en assaisonner la viande et les plats mijotés. Elle a été utilisée pour lutter contre les maux de tête et les problèmes de reins.

Barbarea vulgaris
La barbarée vulgaire (Barbarea vulgaris), aussi appelée "herbe de sainte-barbe" et "cresson de terre",  est la plus hâtive des brassicacées à fleurs jaunes.  Elle ne craint ni le froid du Groënland, ni la chaleur de la Floride, son aire de répartition s'étendant sur presque toute l'Amérique du nord. Au printemps, elle couvre les champs, les fossés et les bords de ruisseaux de sa multitude de fleurs jaunes. Commune et facile à cultiver, elle a une prédilection pour les sols humides et les situations ensoleillées, bien qu'elle tolère la mi-ombre.
Barbarea vulgaris
Ses feuilles lobées de façon caractéristique ont une saveur qui rappelle celle du cresson. Cueillies tôt au printemps, avant l'apparition des fleurs, on les déguste en salades ou en assaisonnement sur les pommes de terre et le poisson, mais plus tard en saison, elles gagneront en amertume et il sera préférable de les  consommer après les avoir fait cuire de la façon suivante: les faire bouillir dans un peu d'eau pendant 2 minutes, égoutter,changer l'eau, et ramener à ébulition 2 minutes.
Barbarea vulgaris



Les bouteaux floraux sont cuits de la même façon et se mangent comme le brocoli, accompagnés de beurre ou encore d'une sauce au fromage. Sa haute teneur en vitamine C l'a rendue fort utile jadis dans le traitement du scorbut, et on lui attribue des propriétés diurétiques, apéritives et vulnéraires; on peut en faire un onguent ou l'appliquer en catapasme sur les blessures pour en accélérer la cicatrisation.

Raphanus raphanistrum
Saviez-vous que le radis potager (Raphanus sativus) a un cousin sauvage?  Toute les parties aériennes du radis sauvage (Raphanus raphanistrum), dont la saveur est très proche de celle du radis cultivé, sont comestibles et délicieusement épicées, mais on évite la racine, qui est sèche et fibreuse. On consomme plutôt les pousses, les jeunes feuilles et les boutons floraux, qui  s'apprêtent aussi comme le brocoli,  en salades ou cuits à la vapeur quelques minutes. Les fleurs, bien sûr, sont aussi comestibles et on peut en décorer les plats. Quand au jeunes fruits, ils sont juteux et piquants, et ils feront une addition surprenante à la plus ennuyante des assiettes de crudités! Lorsque les graines ont mûrit,  elles peuvent être broyés et préparées comme les graines de moutarde, ou utilisées entières pour donner un coup de fouet aux plats mijoutés et aux soupes! Elles contiennent 30 à 35% de matière oléagineuse, et on peut en extraire une huile comestible.
Raphanus raphanistrum
On retrouve le radis sauvage presque partout en Amérique du nord. Selon La flore laurentienne, le radis sauvage est abondant dans les provinces maritimes, mais plutôt rare au Québec, sauf en Gaspésie. Il adopte les terrains vagues exposés au plein soleil et possédant un sol bien drainé, la plupart du temps à proximité des habitations. Ses graines sont utilisées pour soulager les rhumatismes.


Brassica hirta
Les moutardes qui poussent spontanément au Québec sont nombreuses, et se sont toutes apparemment naturalisées de l'Europe. Ainsi, on retrouve dans les villes et les champs, au soleil ou à la mi-ombre, surtout sur les sols fréquemment bouleversés, la moutarde des champs (Brassica kaber), la moutarde blanche, (Brassica hirta), la moutarde noire,(B.nigra) la moutarde joncée, (B.juncea) et la moutarde dite "des oiseaux" aussi appelée "navette" (B.campestris). Bien que ces dernières soient toutes des espèces distinctes, elles s'utilisent de la même façon et c'est tant mieux, car elles peuvent être difficiles à distinguer l'une de l'autre.
On utilise les jeunes feuilles crues, mélangées à d'autres verdures à saveur plus douce dans les salades et les sandwichs, et les plus vieilles comme légume vert ou herbe aromatique (voir le mode de cuisson de l'herbe de ste-barbe ci-haut). Les graines germées donnent du piquant et du croquant aux salades ou sont séchées puis réduites en poudre pour assaisonner les plats mijotés. La moutarde noire, au goût particulièrement relevé,  est celle qui entre dans la composition de la moutarde préparée commerciale. Ce sont des plantes très nutritives: elles contiennent des tas de vitamines et de minéraux dont du calcium,du phosphore, du fer, du potassium et des vitamines A et B.
Brassica nigra
Pour cette raison, elle sont non seulement bonnes pour la santé, mais très prisées comme engrais vert: On en sème dans les champs puis on laboure, enfouissant ainsi la plante sous terre avant qu'elle ne monte en graines, car elle se propage très facilement.
Côté médicinal, elles ont une panoplie de qualités! Les semences sont réputées antibactériennes, antifongiques, appéritives ,digestives, expectorantes, stimulantes et j'en passe! Un cataplasme de moutarde est d'ailleurs utilisé depuis longtemps pour soigner les maladies respiratoires et les douleurs articulaires; qui n'a jamais entendu parler de la fameuse "mouche de moutarde", appliquée sur la poitrine ou le dos en cas de toux?

Abeilles butinant une fleur de moutarde
Il y a tant de crucifères intéressantes à découvrir! En fait, elles sont si nombreuses que je devrai  ajouter une deuxième partie à cet article, pour vous parler du joli vélar fausse-giroflée (Erysium cheiranthoïdes), des rorippes (Rorippa sp.), des sysimbres (Sysimbrium sp.)de l'alliaria, (Alliaria petiolata) dont les feuilles goûtent l'ail, ou de la dentaire à deux feuilles (Dentaria diphylla), dont la racine a un goût de raifort.
Les plantes de cette famille sont très prisées des insectes pollinisateurs; elles sont fréquemment visitées par les papillons, les abeilles, et les bourdons et poussent sans problème dans les conditions les plus difficiles. De plus, certaines d'entres elles mériteraient une place de choix dans votre pré fleuri, où leurs fleurs d'un jaune éclatant égayeront les journées les plus grises. Cependant gardez toujours en tête qu'il est  préférable de les consommer jeunes et de ne pas les laisser monter en graines, car elles sont particulièrement opportunistes, et se resèmeraient au point d'en être envahissantes!
Sur ce, bon appétit!


Papillon sur fleur de moutarde


dimanche 13 novembre 2011

Les ails et oignons sauvages, pour le plaisir des yeux et des papilles!

L'ail (Allium sativum) et l'oignon (Allium cepa)  sont utilisés communément depuis longtemps, et bien connus pour leurs propriétés culinaires et médicinales. Le continent nord-américain regorge d'espèces d"ails", d'"oignons", ou de "poireaux" sauvages, qui ont des propriétés très similaires, mais celles-ci sont en généralement peu connues. Nul ne peut nier la popularité de l'ail des bois au Québec, mais qui connait son cousin, l'ail du Canada?

 Le voici!
Allium canadense
Sa floraison a lieu au printemps et en début d'été, et son bulbe est comestible. On peut le consommer cru ou cuit, ou encore le mariner, à la façon des petits oignons.  D'ailleurs, ne vous attendez pas à un gros oignon....il ne mesurera au plus que 3 cm!  Ses feuilles, basilaires, minces et aplaties, sont apprêtées comme la ciboulette ou le feuillage de l'échalote. Les fleurs ajouteront goût et couleur à vos salades.

Pour bien fleurir, il demande un sol humide, bien drainé, et du soleil.  Plus il en a, meilleures sont les chances d'avoir des fleurs roses; à la mi-ombre, elles seront plus pâles, voire blanches, et à l'ombre, il fleurit rarement.
Dans la nature, on le trouve dans une grande variété d'habitats; il pousse, au sud, jusqu'au Texas, et même au-delà, et sa limite ouest est l'état du Montana.
Allium canadense (1)
En effet, cette plante sait s'adapter aux habitats les plus variés, et, malgré sa préférence pour les sols humides, résistera, en général, bien à la sécheresse.

Elle se propage fidèlement par bulbilles, mais ses semences sont souvent stériles. Par conséquent, comme pour toute plante indigène, récoltez de façon sensée. Elle est classifiée au Québec parmi les végétaux "susceptibles d'être désignés menacés ou vulnérables", et est officiellement menacée chez nos voisins du sud dans les états du Maine, du New Hampshire et du Vermont. Paradoxalement, elle est considérée comme une mauvaise herbe en Arkansas.

Allium cernuum
En second lieu, l'ail penché!
Pourquoi ce nom? C'est que sa jolie caboche de fleurs roses, réunies en ombelle, semble toujours regarder le sol! Celles-ci sont d'ailleurs comestibles et agrémenteront agréablement vos salades estivales, tout en leur donnant un goût légèrement relevé, s'apparentant à celui de la ciboulette. On peut aussi manger le bulbe, cuit ou cru, ainsi que les feuilles, dont le goût rappelle l'oignon, plus que l'ail, malgré son nom.
C'est une superbe plante à inclure dans vos plates-bandes ou au potager, où elle attirera les insectes pollinisateurs.
Plante sans problème par excellence, selon moi, bien sûr. Comme elle fait partie du genre Allium, elle est très rarement attaquée par les insectes et les rongeurs, à qui son goût piquant déplait.


Allium cernuum
Elle accepte bien tout type de sol, tant qu'il est bien drainé, et apprécie une exposition au plein soleil.  Elle tolère bien les sols secs et résiste aux embruns salins.
Sa distribution est très vaste: du Québec au Mexique au sud, jusqu'en Colombie-Britannique à l'ouest. Elle pousse dans les endroits les plus divers, et n'a pas peur des hauteurs: on peut la trouver, en montagne,  jusqu'à 3500 mètres d'altitude. On peut la propager facilement par semis, ou par division, une fois le plant établi.

En dernier lieu, je vous parle de la bien-aimée et connue ciboulette, Allium schoenoprasum. À l'est du Québec, elle pousse spontanément, sous forme de la variété sibiricum, où, selon La Flore Laurentienne, elle"habite typiquement les grèves estuariennes et les graviers des rivières de l'Est du Québec".
Allium schoenoprasum "sibiricum"
C'est une forme plus robuste et un peu plus grande de la ciboulette commune.  Contrairement à ce qu'on pourrait penser, car la ciboulette est bien reconnue comme une plante résistante à la sécheresse,  cette forme  de ciboulette supporte très bien les sols humides, et même des inondations temporaires, pouvant varier de quelques heures à quelques semaines.  Toujours selon La Flore Laurentienne, dans son habitat naturel, sur les grèves de l'estuaire du St-Laurent,  elle est souvent submergée par les marées, et n'en souffre pas outre mesure. Voici donc une plante résistant très bien aux extrêmes du climat québecois!  N'oublions pas que ses fleurs roses attirent les insectes pollinisateurs en quantité. C'est donc un excellent choix, tant au potager qu'au jardin ornemental.
           Allium schoenoprasum "sibiricum"

































(1)Thomas G. Barnes @ USDA-NRCS PLANTS Database / Barnes, T.G., and S.W. Francis. 2004. Wildflowers and ferns of Kentucky. University Press of Kentucky.

jeudi 3 mars 2011

Nos rosiers indigènes

Rosa blanda
Ah! La rose, cette fleur unique!  Bien sûr, chacun connait la fameuse rose des fleuristes, mais savez-vous qu'il existe plusieurs espèces de rosiers indigènes au Québec?
Nos rosiers sauvages possèdent une floraison beaucoup plus simple, plus sobre que celles de leurs cousines cultivées; ce qui ne les empêche pas d'en égaler la beauté. D'ailleurs, dans son livre Cent fleurs de mon herbier, (éd. Beauchemin, Montréal, 1942) E.Z. Massicotte en fait l'éloge '' Nos espèces indigènes ne sont pas(...)bien variées. La couleur des corolles varie du rose pâle au rouge foncé. Elles n'en sont pas moins belles. Comment pourrait-il en être autrement?  Quand on dit rose on dit beauté, et la plus humble comme la plus coquette a droit à notre admiration, car elle reste la fleur par excellence en tous pays.'' Que de justesse dans ces lignes!
Vous pouvez, vous aussi, constater que les fleurs de nos différentes espèces indigènes se ressemblent...  mais chacune d'entre elle est différente, et exige des conditions de culture qui lui sont propre. Par exemple, le Rosa blanda, ou rosier inerme, ne possède que peu ou pas d'aiguilles, ce qui le rend intéressant pour le jardin.  Il fleurit au printemps, pousse en sol calcaire à neutre, sec ou humide mais bien drainé, et accepte l'ombre partielle ou le soleil direct.

Rosa palustris
Un rosier pour un coin très, très humide? Ça existe!  Je vous présente le rosier palustre, Rosa palustris. Vous profiterez de sa floraison estivale en lui fournissant un sol légèrement acide et constamment humide.  Celui-ci peut même être submergé. Selon La Flore laurentienne, il possède des tiges qui atteignent de 30 cm...à 250 cm!  Assurez-vous donc d'avoir de la place! On le retrouve naturellement sur le bord de nos lacs et rivières, en eau peu profonde, au soleil ou à l'ombre.

Rosa nitida

Ce géant potentiel est trop imposant pour votre 'coin' humide? Optez alors pour le rosier brillant, Rosa nitida. Ses folioles d'un vert lustré ne manquent pas d'éclat, et, comme son congénère, il fleurit en été.  D'une taille plus raisonnable, il n'atteindra que 60 cm au  maximum...vous pouvez donc le loger beaucoup plus facilement au jardin, à proximité d'un bassin, par exemple.

Rosa acicularis
Particulièrement abondant en Abitibi-Témiscamingue, le rosier aciculaire ou rosier arctique, Rosa acicularis, est une espèce qui n'a pas froid aux feuilles! Emblème de l'Alberta, son aire de répartition s'étend jusqu'aux territoires du Nord-Ouest. À la fin du printemps, sa floraison rose foncé égaie les lieux ouverts aux sols humides et bien drainés, légèrement acides. Il tolère l'ombre, mais préfère une situation ensoleillée, et atteindra environ 1 mètre à maturité.

Rosa carolina
Si, lors d'un promenade sur les magnifiques dunes de sable des Iles-de-la-Madeleine, vous apercevez un rosier, c'est sans contredit Rosa carolina, qui en est originaire.  Évidemment résistant aux embruns salins, il requiert un plein soleil et un sol bien drainé pour être en pleine santé. D'ailleurs, il tolère très bien la sécheresse et ne craint pas les canicules!



Rosa woodsii
Le rosier de Woods, Rosa woodsii, au début de l'été, se distingue par ses fleurs rose pâle nombreuses, délicates et parfumées, chacune d'entre elles ne mesurant qu'environ 2 cm. Marie-Victorin le mentionne dans sa Flore laurentienne, mais les populations importantes se trouvent à l'ouest du continent.  C'est, avec le rosier aciculaire et le rosier de Nootka, l'une des trois espèces de rosiers indigènes en Alaska; vous pouvez donc imaginer qu'il affronte les pires froids sans problème! Réputé de culture facile, il s'adaptera au soleil ou à l'ombre et à différents types de sols.


Rosa virginiana
Les fleurs du rosier de Virginie, dont la teinte se rapproche de celle des roses de Woods, sont tout aussi parfumées, bien que plus grandes: de 5 à 7 cm.  Au Québec, on retrouve Rosa virginiana surtout à l'est, dans les clairières, les prés et les champs. Il est particulièrement abondant dans les Maritimes, certains le considèrent même comme plutôt envahissant.  En effet, il croit à un rythme rapide, et se contente de peu, pourvu que le soleil soit au rendez-vous.  Il tolère bien la sécheresse, les vents forts et les embruns salins, et il se plaît même dans le sable!

cynorhodons
 Maintenant, quelques faits communs à toutes ces espèces de rosiers: mentionnons que les fruits, appelés cynorhodons, sont comestibles, à conditions d'enlever les petits poils irritants autour des semences.  Ils contiennent plein de bonnes choses dont, entre autres,  de 5 à 10 fois plus de vitamine C qu'une orange! On peut même en faire du vin. Ils attirent les oiseaux et plusieurs petits animaux. Les pétales servent à confectionner des gelées et à aromatiser gâteaux, limonades et autres gourmandises.
Depuis des millénaires, on fabrique, avec la rose, des laits, crèmes et lotions qui soulagent les coups de soleil, adoucissent et tonifient la peau...et on ne compte plus les parfums qui s'en inspirent!

Les rosiers apprécient en général un site ensoleillé ou légèrement ombragé et un sol bien drainé. Les espèces sauvages, plantées dans un endroit choisi selon leurs besoins particuliers, ne sont que très rarement la cible des ravageurs.  Si vous apercevez des feuilles, des fleurs ou des bourgeons tachés ou déformés, supprimez la ou les parties atteintes et tentez de déterminer la cause de l'anomalie. De manière générale, on peut prévenir et traiter les maladies fongiques de façon efficace en vaporisant sur le feuillage restant,  à toutes les semaines, une solution d'une cuillerée à thé de bicarbonate de soude et de quelques gouttes de savon à vaisselle pour un litre d'eau. S'il faut se débarrasser d'insectes, la meilleure chose à faire, après avoir coupé les tiges trop affectées, est d'asperger le feuillage, à quelques reprises, d'un jet d'eau assez puissant. Ceci éliminera la majeure partie des indésirables.  Une fois le feuillage sec, si nécessaire, on peut compléter le traitement par l'application d'une solution composée de 1/4  de c.à thé de piment de cayenne en poudre dans un litre d'eau et de quelques gouttes de savon. Filtrez avant d'appliquer, jusqu'à une fois par semaine.


Rosa virginiana en pleine santé!
Voilà! Il ne vous reste plus qu'à choisir le rosier qui convient à votre jardin, vous y installer (tous les deux!) confortablement,  et à vous laisser envoûter par le parfum de ses fleurs...la nature fera le reste pour vous. Bon jardinage!



mercredi 19 janvier 2011

Le millepertuis:la plante aux milles vertus!

Hypericum perforatum:sommité fleurie
Que vous l'appeliez millepertuis, Hypericum perforatum,  herbe-de-la-St-Jean ou tout simplement 'mauvaise herbe' (explications plus bas!), cette plante peut faire quelque chose pour vous!
 
  Bien sûr, j'aime m'épancher ici sur les nombreuses utilités de nos végétaux sauvages et leur beauté, et je les aime tous, mais le millepertuis est l'une des plantes les plus multifonctionnelles que je connaisse. Ajoutez à cela une adaptabilité à toute épreuve,  des usages intéressants, de coquettes fleurs jaunes soleil se succédant tout l'été, une absence absolument totale d'entretien, et mon cœur chavire ! Je suis vendue! J'en veux un champ!

Hypericum perforatum:fleurs
De nos jours, on vante le millepertuis pour ses propriétés anti-dépressives, cependant, je vous présente ici un aperçu de tout ce qu'il a à offrir, en plus de nous redonner le sourire.

Dans la culture Amérindienne, son infusion est un remède contre la bronchite, les spasmes à l'estomac, les états nerveux, la jaunisse, la dysenterie et de nombreuses autres affections, celles touchant les poumons notamment. On sait maintenant qu'il a la propriété de ralentir l'évolution de certains virus, ce qui pourrait le rendre utile, entre autres,  au traitement contre le sida.

Pour profiter des bienfaits du millepertuis en usage externe, on dépose des fleurs fraîches jusqu'au 2/3 dans un bocal de verre clair que l'on remplit ensuite d'huile d'olive ou de sésame, puis on expose au soleil pendant 2 semaines en agitant légèrement chaque jour. L'huile ainsi obtenue prendra une belle couleur rouge.  Elle est appliquée sur la peau pour soulager brûlures, inflammations musculaires ou nerveuses (comme celle du nerf sciatique), et pour favoriser la guérison et la cicatrisation des plaies en général. La décoction peut être utilisée sur le visage pour améliorer la peau grasse ou pour rincer les cheveux secs et cassants. Les teintures obtenues de ce végétal exceptionnel varient du jaune au violet.
Hypericum perforatum:fruits remplis de semences

Le millepertuis se cultive très facilement, sa seule exigence étant que le sol soit bien drainé, peu importe qu'il soit humide ou sec. Résistant très bien à la sécheresse, il tolère aussi bien l'ombre modérée que le soleil cuisant.  Ses usages au jardin sont donc nombreux, mais ce sera une plante à proscrire des aménagements rigoureux et ordonnés, puisqu'elle se reproduit de façon  prolifique, non seulement par stolons souterrains, mais également par les semences que chaque plant produit annuellement...jusqu'à cent mille !

 Il est d'un effet magnifique dans un pré fleuri, un coin ensoleillé du jardin ou une large large plate-bande campagnarde, entouré d'autres plantes qui ne craignent pas de prendre de la place, par exemple, marguerites, rudbeckias et origan.  Comme toutes ces dernières, il attire et nourrit une panoplie d'insectes bénéfiques.  En automne, il arbore fièrement ses fruits rouges et son feuillage légèrement coloré de la même teinte.

Hypericum perforatum:feuillage automnal

En bref
Français:Millepertuis, herbe-de-la-St-Jean
Latin:Hypericum perforatum
Anglais:St. John's Wort
Indigène au Québec: Non. Naturalisé depuis environ 1750
Hauteur: 90 cm
Largeur: 60 cm
Sol:Bien drainé, de sec à humide.
Situation: mi-ombragée à ensoleillée
Fleurs: jaunes, 15-25 mm, nombreuses
Fruits: petites capsules rouges
Habitat: Général au Québec, lieux ouverts, champs, bord des routes, etc.





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jeudi 6 janvier 2011

Le sureau du Canada: un secret sucré bien gardé!

 Si vous avez comme moi la chance d'habiter à proximité d'abondantes talles de sureau blanc, vous pouvez ignorer son nom, mais certainement pas ses dizaines de corymbes de fleurs blanc crème, qui, en début d'été, couvrent à ce point l'arbuste qu'il en semble, de loin, couvert d'une dentelle délicate.

  
Si l'on s'approche, on peut sentir un parfum doux et agréable et remarquer que chaque corymbe est constituée de dizaines de petites fleurs qui ont l'apparence d'autant de petites étoiles. Les inflorescences peuvent êtres trempées dans de la pâte à crêpes, puis frites (je me promet d'essayer cet été avec du sirop d'érable!) ou séchées, puis consommées en infusion.

Impossible de faire abstraction des fruits, qui, après la floraison, passent du vert au violacé très foncé.  C'est à ce stade qu'il faut les cueillir, avant quoi ils sont indigestes, voire toxiques.  Le goût de cette baie juteuse et sucrée, crue ou cuite, est unique. Si la récolte est abondante, elles feront de délicieuses tartes, des gelées, des sirops, et j'en passe! Elles se congèlent et se sèchent aussi très bien. Quel délice!

 Les Amérindiens accordaient plus d'une vertu à cette plante. Certaines tribus affectionnaient les fruits en infusion pour lutter contre les rhumatismes, d'autres en faisaient un vin consommé comme tonique. Les Iroquois, entre autres, fabriquaient un cataplasme avec l'écorce interne du sureau blanc, et l'appliquaient sur le front des personnes souffrant de maux de têtes et de migraines. Et ce ne sont que quelques exemples, car les usages de cet arbuste sont nombreux et diversifiés.

Au jardin, dans un sol frais et humide, au soleil ou à l'ombre, il nourrira papillons et oiseaux.  Dans ces conditions, il ne demande aucun entretien. En automne, son feuillage tourne au jaune. Son port arrondi et généreux en fait un excellent sujet pour former une haie feuillue. Il convient aussi de l'utiliser en isolé, ou, accompagné de végétaux rustiques qui le mettront en valeur, il créera un point focal imposant tout au long de la belle saison.


En bref
Français:Sureau blanc, du Canada
Latin:Sambucus canadensis
Anglais:American Elder
Indigène au Québec: oui
Hauteur: 3 mètres
Largeur: 2 mètres
Sol:humide, frais
Situation: ombragée à ensoleillée
Fleurs: cymes de fleurs blanches au printemps
Fruits: baies noires-violacées, comestibles
Habitat: Général au Québec, dans les lieux humides tels les bord de ruisseaux et le long des routes

samedi 25 décembre 2010

Du gingembre sauvage dans votre pain d'épices?

Quel plaisir de rencontrer une talle de gingembre du Canada dans un sous-bois!  Chaque plant produit deux feuilles, d'un vert tendre qui illumine les coins les plus sombres, en forme de cœur. L'envers et le pétiole sont densément garnis de poils blancs hirsutes.

La fleur, d'un rose marron, est très discrète et printanière.  En l'observant de plus près, elle est cependant exceptionnelle. La laisser en place pour récolter, au début de la saison estivale, le fruit, une capsule  remplie de semences.
Indigène au Québec, cette plante sert admirablement de point focal dans un jardin ombragé au sol frais et meuble, et pourrait  en séduire plus d'un par son rhizome comestible dont le goût et le parfum rappelle celui du gingembre asiatique. Dans ce coin, du jardin, pas question de ramasser les feuilles mortes! On les laisse se décomposer et enrichir le sol naturellement.  Si celui-ci est particulièrement pauvre et que l'on désire le cultiver, le gingembre du Canada bénéficiera d'un bon apport de compost forestier à la plantation,  ainsi que d'un ajout annuel de matière organique... mais ma suggestion est de planter ce qui convient le mieux à vos conditions existantes. C'est moins de travail pour vous (et pour la plante), et vous obtiendrez de biens meilleurs résultats!

Pour ce qui est de la récolte, on procède au printemps. Le rhizome, qui court à la surface du sol, se consomme frais ou séché, et il contient une huile essentielle que l'on utilise en cuisine et en parfumerie. De plus, non seulement les Amérindiens l'utilisaient, entre autres, pour calmer la toux, les maux d'estomac, et les douleurs musculaires, mais on peut en faire des friandises en faisant bouillir des segments de rhizome de 3 à 5 cm environ une heure, puis en continuant la cuisson  de 20 à 30 minutes dans autant d'eau que de sucre. Voici vos bonbons...et votre sirop de gingembre sauvage, que vous pouvez conserver dans un pot au réfrigérateur, et déguster avec de la crème glacée ou des crêpes, ou encore en napper un gâteau. Pourquoi vous priver d'un si charmant (et délicieux) couvre-sol?


En Bref:
Asarum canadense
gingembre sauvage ou du Canada, asaret du Canada
Canadian wildginger
Indigène au Québec: oui
Hauteur: 10 à 20 cm
Largeur: 10 à 20 cm
Espacement:10 cm
Sol: Humide, frais, bien drainé.
Situation: mi-ombragée à ombragée.

Joyeuses fêtes à tous!

mardi 30 novembre 2010

La viorne trilobée: le bon plan de la semaine!

Lorsque, comme cette semaine, la nature se couvre de blanc, que les feuillus on perdus leurs habits, et que les plus hardies des vivaces ploient sous le poids de la neige et de l'hiver naissant, plusieurs jardiniers soupirent déjà d'impatience; le printemps est bien loin, n'est-pas?  Pourtant, sous la neige et le gel, la belle saison déjà se prépare, car  les végétaux ont besoin de cette période de repos bien méritée pour se refaire des forces.  Faute d'hiver, il n'y aurait pas de printemps! Et sans neige,  plusieurs végétaux magnifiques nous passeraient sous le nez, cachés par l'opulence de leurs voisins estivaux.

 C'est justement à cette période-ci de l'année que l'on peut remarquer,  en bordure des lacs et des rivières, dans les boisés humides et autour des tourbières, les fruits rouges vifs du Pimbina ou Viorne trilobée, tranchant sur la blancheur glaciale et le bleu du ciel, pendant à l'extrémité des branches, ces dernières arquées par la lourdeur des nombreux fruits .

Coup de chance, c'est aussi le meilleur temps de l'année pour en faire une bonne provision, car ces fruits profitent du gel, qui les rend plus sucrés (ou moins acides, c'est selon!) et leur donne meilleur goût.  Malgré tout, le cueilleur non-averti grimacera au contact de ce fruit juteux avec sa langue; quelle amertume! (et quelle bonne blague à faire à quelqu'un pour voir sa pire grimace!)
En effet, ce petit fruit, que l'on nomme une 'drupe', comme le fruit du Thé des bois, en raison de la présence d'un seul noyau central au milieu du fruit charnu, (d'autres drupes bien connues: les cerises, les prunes, les pêches, et j'en passe!) ne se consomme pas tel quel, mais se cuisine!
On peut, entres autres, en faire une gelée qui remplacera celle de canneberges traditionnellement servie avec la dinde du temps des fêtes;  les 'atocas' n'ont qu'à bien se tenir!  Il est aussi possible de confectionner une tarte avec une tasse de ces petits fruits rouges et juteux combinés à autant de sucre et un peu de fécule de maïs.  Et pourquoi ne pas les ajouter à une confiture ou à une recette de muffins!  On peut les utiliser partout ou on utilise les canneberges. À l'instar de ces dernières, les fruits de la Viorne trilobée sont gorgés de vitamine C et d'antioxydants.

Au printemps, les nombreuses cymes de fleurs blanches et décoratives font penser à celles de la Viorne boule-de-neige, (Viburnum opulus) dont de nombreux cultivars sont vendus dans les jardineries, ou rappelleront à certains les fleurs de l'hydrangée.

Et, pour le même prix, en automne, son feuillage prend des teintes flamboyantes de rouge et d'orangé et ses fruits, qui persistent l'hiver sur les rameaux, attirent les oiseaux.
Planté au bon endroit, cet arbuste, comme toutes les plantes indigènes, n'exigera pas ou très, très peu d'entretien! Plantez maintenant, ne fertilisez jamais! Ça, c'est mon genre de plan!


En bref:
Français:Viorne trilobée, Pimbina
Latin:Viburnum trilobum
Anglais:American Highbush Cranberry
Indigène au Québec: oui
Hauteur: 3 à 5 mètres
Largeur: 2 à 3 mètres
Sol:humide
Situation: mi-ombragée ou ensoleillée
Fleurs: cymes de fleurs blanches au printemps
Fruits: drupes rouges comestibles